@nalyse - Revue de critique et de théorie littéraire

Femmes de lettres

Margot Irvine

Les réseaux de femmes de lettres au XIXe siècle

Image1Ce dossier propose plusieurs études des réseaux que les femmes de lettres ont formés dans les dernières années du XIXe siècle. Pendant la première moitié de ce siècle, la pratique littéraire de beaucoup de femmes de lettres se caractérise par le fait d’écrire seules, sans le soutien d’un cénacle, d’un grenier ou d’une communauté professionnelle qui les admette. C'est à partir de 1850 et surtout pendant la Belle Époque que les femmes auteurs commencent véritablement à faire partie de l'institution littéraire et à créer leurs propres communautés. Certaines de ces communautés sont virtuelles, comme le montre Jeanne Humphries, dans son étude des lettres que de nombreuses femmes écrivent à Émile Zola et à Lucie Dreyfus, en témoignage de soutien. Autour du grand homme qu’est Zola, une communauté de femmes ayant des intérêts et convictions semblables se crée, chacune étant consciente que son point de vue trouve écho chez d’autres.

1Un réseau de femmes de lettres plus formel s’établit en 1904 avec la création du prix Vie heureuse, ancêtre du prix Femina. Pour la première fois, une communauté de femmes de lettres s’érige en arbitre littéraire et ose porter jugement sur les ouvrages de leurs contemporains et contemporaines. Margot Irvine examine la création du Comité du prix Vie heureuse, un jury qui n’a jamais revendiqué le titre d’« Académie » bien qu’il en adopte toutes les fonctions. Une des femmes ayant siégé à ce jury adopte un rôle de conseillère envers la jeune Rachilde. Michael Finn étudie l’amitié de Rachilde avec Georges de Peyrebrune, montrant que l’auteure décadente a elle aussi tenté de se créer un réseau de femmes de lettres et qu’il existe une certaine convergence, inattendue, entre les vues de ces deux femmes de générations différentes. Les relations de Rachilde avec le bas-bleuisme ne sont pas toujours harmonieuses, cependant, et Finn décrit également un « anti-réseau » de femmes indignées par la légende que Rachilde entretient autour de sa personne.

2L’article de Chantal Savoie montre que la professionnalisation des femmes de lettres avançait également de l’autre côté de l’Atlantique, au Canada français, pendant cette même période. Son étude du parcours varié de Gaétane de Montreuil offre un autre exemple des façons dont une femme tente de se créer une position dans le monde des lettres, au début du XXe siècle.

3Le dossier se clôt avec un article de Béatrice Didier, dans lequel celle-ci expose un projet en cours, qui constitue à lui-même à la fois un outil important ainsi qu’un réseau entre chercheurs et chercheuses qui s’intéressent à la création des femmes. Il s’agit d’un très riche dictionnaire des femmes créatrices qui étudie leurs contributions à travers toutes les époques, dans tous les pays et dans tous les domaines.

4Ce dossier décrit donc de nombreuses formes de réseaux, qu’elles soient virtuelles, concrètes ou forgées à travers la correspondance et les activités professionnelles, qui ont permis aux femmes de se constituer des carrières dans le monde des lettres et, qui plus est, de se faire accepter,  petit à petit,  par l’institution littéraire.

5Les articles qui composent ce collectif ont d’abord été présentés, sous une forme différente, lors de la rencontre annuelle de l’Association canadienne d’études francophones du XIXe siècle (ACEF XIX), qui s’est déroulée, dans le cadre du congrès de la Fédération canadienne des sciences humaines, à l’Université York (Toronto) en mai 2006.

6 

7Pour en savoir plus sur l’auteure, Margot Irvine.

Pour citer cet article : Margot Irvine, «Les réseaux de femmes de lettres au XIXe siècle», @nalyses [En ligne], Dossiers, Femmes de lettres, mis à jour le : 08/08/2008, URL : http://www.revue-analyses.org/index.php?id=1127.